« Auteur-compositeur-interprète » : l’expression est si courante qu’on finit par oublier qu’elle désigne trois métiers distincts, auxquels s’ajoute souvent un quatrième, l’arrangeur. Chacun de ces rôles ouvre des droits différents, versés par des circuits différents. Les confondre, c’est risquer des crédits faux, des déclarations incomplètes et des revenus perdus.

Dans beaucoup de projets actuels, une même personne écrit, compose, arrange et chante. Dans d’autres, ces rôles sont répartis entre une autrice, un compositeur, un réalisateur qui arrange et une interprète. Dans tous les cas, il faut savoir qui a fait quoi, car le droit ne raisonne pas en « artiste » mais en rôles précis.

L’essentiel en cinq points

  • L’auteur écrit les paroles, le compositeur crée la musique : tous deux sont titulaires de droits d’auteur sur l’œuvre.
  • L’arrangeur adapte une œuvre existante ; son statut dépend de l’originalité de son apport et des règles de la société de gestion.
  • L’interprète exécute l’œuvre : il bénéficie de droits voisins sur ses enregistrements et prestations.
  • Une même personne peut cumuler plusieurs rôles, et donc plusieurs sources de revenus.
  • Chaque rôle doit être crédité et déclaré auprès de l’organisme compétent.

Quatre rôles, deux familles de droits

Qui crée quoi, et quels droits en découlent

L’œuvre d’un côté, son exécution de l’autre.

DROITS D’AUTEUR (l’œuvre)

Auteur : les paroles.

Compositeur : la musique.

Arrangeur : dans certains cas, pour un arrangement original.

DROITS VOISINS (l’exécution)

Interprète : chanteur, musiciens.

Producteur : celui qui finance et détient l’enregistrement.

L’auteur : celui qui écrit les paroles

L’auteur est la personne qui crée le texte d’une chanson. Il n’est pas nécessaire d’avoir écrit tout le texte pour être coauteur : un couplet, un refrain ou des vers significatifs suffisent, dès lors qu’ils sont originaux. En revanche, suggérer un thème, proposer une idée vague ou corriger une faute ne fait pas de quelqu’un un auteur.

L’auteur dispose de droits patrimoniaux (reproduction, représentation) et de droits moraux (paternité, respect de l’œuvre). En France, il confie généralement la gestion de ses droits patrimoniaux à la Sacem, qui collecte et répartit les droits issus des diffusions et reproductions.

Le compositeur : celui qui crée la musique

Le compositeur crée la mélodie et, plus largement, les éléments musicaux originaux de l’œuvre : thème, harmonie caractéristique, parfois une partie instrumentale identifiante. Dans les musiques actuelles, la frontière est parfois floue : le beatmaker qui crée l’instrumental d’un titre de rap en est souvent compositeur, tout comme le topliner qui trouve la mélodie chantée.

Comme l’auteur, le compositeur est titulaire de droits d’auteur sur l’œuvre. Paroles et musique forment ensemble une œuvre de collaboration, dont les parts se répartissent entre coauteurs selon leur accord, consigné idéalement dans une feuille de partage.

Recueil de partitions ouvert sur une page de notes de musique
La composition porte sur la mélodie et les éléments musicaux originaux, qu’ils soient écrits sur une partition ou programmés. Photo : Samuel Ramos / Unsplash.

L’arrangeur : un statut à part

Arranger, c’est adapter une œuvre existante : choisir l’instrumentation, écrire des parties d’accompagnement, modifier une harmonisation, adapter pour un ensemble. Nous avons détaillé ce travail dans notre article sur l’arrangement musical.

Juridiquement, un arrangement peut constituer une œuvre dérivée s’il présente une originalité suffisante, ce qui suppose l’accord des auteurs de l’œuvre d’origine. Dans la pratique des sociétés de gestion, la rémunération de l’arrangeur obéit à des règles spécifiques, souvent conditionnées à l’accord des ayants droit et à la nature de l’arrangement. Un arrangement d’accompagnement classique pour l’enregistrement d’une chanson nouvelle est le plus souvent rémunéré par un forfait ou un cachet, sans part de droits d’auteur.

La règle d’or : si un arrangeur apporte une contribution qui pourrait relever de la composition (une mélodie, un riff identifiant), discutez-en avant la sortie et formalisez la décision par écrit.

L’interprète : celui qui donne vie à l’œuvre

L’artiste-interprète est la personne qui chante ou joue l’œuvre. Ses droits ne portent pas sur la chanson elle-même, mais sur sa prestation. On parle de droits voisins du droit d’auteur. Ils lui permettent notamment de percevoir une rémunération lorsque l’enregistrement est diffusé, selon des mécanismes gérés en France par les sociétés d’artistes-interprètes (Adami et Spedidam).

L’interprète principal et les musiciens d’accompagnement sont tous interprètes, mais leur situation contractuelle et leurs droits diffèrent souvent. Nous détaillons les bénéficiaires et la collecte de ces droits dans notre article sur les droits voisins.

Gros plan sur les mains d’un musicien jouant de la basse
Un musicien d’accompagnement est un interprète : il bénéficie de droits voisins sur sa prestation, pas de droits d’auteur sur la chanson. Photo : freestocks / Unsplash.

Un exemple concret

Personne Contribution Rôles Droits
Inès Écrit le texte, trouve la mélodie du refrain, chante Autrice, compositrice, interprète Droits d’auteur + droits voisins
Hugo Crée l’instrumental et la grille Compositeur Droits d’auteur
Clara Écrit les parties de cordes de l’enregistrement Arrangeuse Forfait, éventuellement droits selon les règles applicables
Paul Joue la basse Interprète (musicien) Cachet + droits voisins
Le label Finance et détient l’enregistrement Producteur Droits voisins du producteur

Créditer et déclarer chaque rôle

  • Dans les métadonnées : auteurs et compositeurs dans les champs dédiés, interprètes principaux et invités, musiciens dans les crédits détaillés. Voir notre guide des métadonnées.
  • Auprès de la société de gestion des auteurs : déclaration de l’œuvre avec les parts de chacun.
  • Auprès des sociétés d’interprètes : les feuilles de présence ou déclarations d’enregistrement permettent d’identifier qui a joué sur quoi.
  • Dans les crédits publics : livret, page de sortie, plateformes, comme expliqué dans notre article sur les crédits d’album.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Créditer l’interprète comme auteur parce qu’il chante la chanson.
  • Oublier le compositeur de l’instrumental dans un titre produit à partir d’un beat.
  • Attribuer une part d’œuvre à un arrangeur sans base claire, ou à l’inverse ignorer une vraie contribution de composition.
  • Ne pas déclarer les musiciens, qui risquent de ne pas percevoir leurs droits voisins.
  • Utiliser des noms d’artistes différents d’un document à l’autre.

Questions fréquentes

Peut-on être interprète sans être auteur ?

Bien sûr, c’est le cas de nombreux chanteurs qui interprètent des chansons écrites par d’autres. Ils perçoivent alors des droits voisins, pas de droits d’auteur.

Le réalisateur artistique est-il compositeur ?

Pas automatiquement. Il l’est s’il crée des éléments musicaux originaux de l’œuvre. Sinon, il est rémunéré pour sa prestation de réalisation. Voir notre article sur le réalisateur artistique.

Faut-il être membre d’une société de gestion pour avoir des droits ?

Les droits existent dès la création ou l’interprétation. L’adhésion à une société de gestion permet de les faire collecter et répartir efficacement.

À retenir

L’auteur écrit les paroles, le compositeur crée la musique : tous deux détiennent des droits d’auteur sur l’œuvre. L’arrangeur a un statut particulier, à clarifier au cas par cas. L’interprète bénéficie de droits voisins sur sa prestation. Identifiez chaque rôle dès la création, créditez-le correctement et déclarez-le auprès de l’organisme compétent : c’est la condition pour que chacun perçoive ce qui lui revient.

Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique.

Sources et pour aller plus loin