Un ingénieur de mixage qui reçoit des pistes décalées, des fichiers nommés « Audio 14 », des réverbérations coupées ou des niveaux qui saturent perd des heures à tout remettre en ordre, et facture souvent ce temps. Une procédure d’export rigoureuse, toujours la même, évite ces problèmes et permet à la personne suivante de se concentrer sur la musique.

Nous distinguons ici deux livrables proches. Les pistes séparées (multipistes) sont destinées au mixage : chaque instrument sur sa piste. Les stems sont des regroupements destinés à la postproduction, au remix ou à la scène, dont nous avons présenté les usages dans notre article sur les instrumentaux et stems pour l’audiovisuel.

L’essentiel en cinq points

  • Tous les fichiers commencent au même point, généralement le début de la session.
  • Exportez en WAV, à la fréquence et la résolution de la session, sans normalisation.
  • Décidez pour chaque piste si les effets sont inclus ou non, et indiquez-le.
  • Incluez les queues de réverbération et de delay.
  • Vérifiez par un test de somme que l’ensemble reproduit le mix.

La procédure en sept étapes

À appliquer à chaque export, quel que soit le logiciel.

1. Nettoyer la session : pistes inutiles, prises non retenues
2. Nommer les pistes de façon explicite
3. Décider des effets et du traitement du bus master
4. Définir la zone d’export, du début à la fin des queues
5. Exporter au bon format
6. Vérifier dans une session vierge : alignement, niveaux, somme
7. Documenter et livrer

Étapes 1 et 2 : nettoyer et nommer

  • Supprimez ou désactivez les pistes inutilisées, les prises alternatives non retenues, les pistes de guide (sauf si elles sont utiles et identifiées comme telles).
  • Assemblez les prises de voix retenues en une piste finale, avec fondus aux points de montage.
  • Nommez clairement : 01_Kick, 02_Snare_Top, 10_Bass_DI, 20_Lead_Vocal. Le numéro garde l’ordre logique dans n’importe quel logiciel.

Étape 3 : effets, instruments virtuels et bus master

Élément Pour un mixage Pour des stems
Correction et compression Généralement retirées, sauf si elles font partie du son voulu Incluses, comme dans le mix final
Effets créatifs (distorsion, filtres, modulation) Inclus si caractéristiques, avec une version sèche si possible Inclus
Réverbérations et delays d’ambiance Retirés, ou exportés sur une piste séparée Inclus dans chaque stem ou sur un stem d’effets
Instruments virtuels et MIDI Convertis en audio, plus le MIDI en complément Convertis en audio
Traitement du bus master Retiré, avec un mix de référence fourni Selon l’usage : à préciser à la production

Un compresseur ou un limiteur sur le bus master agit sur l’ensemble : des stems exportés un par un à travers ce traitement ne se recombineront pas exactement comme le mix. Soit vous exportez sans le traitement du master, soit vous le précisez.

Homme travaillant devant une console de mixage
Un ingénieur qui reçoit des pistes propres commence directement à mixer, sans travail de remise en ordre. Photo : Bee Balogun / Unsplash.

Étapes 4 et 5 : zone et format d’export

  • Point de départ : le tout début de la session (mesure 1 ou zéro), pour toutes les pistes, même celles qui commencent plus tard.
  • Point de fin : après la dernière queue de réverbération ou de delay.
  • Format : WAV, à la fréquence d’échantillonnage de la session (souvent 44,1 ou 48 kHz), en 24 bits ou 32 bits flottants.
  • Mono ou stéréo : exportez en mono les sources mono (voix, basse, grosse caisse), en stéréo les sources stéréo.
  • Niveaux : aucune piste ne doit saturer ; pas de normalisation, pas de limiteur ajouté pour « faire fort ».

Étape 6 : vérifier

  1. Ouvrez une session vierge et importez tous les fichiers au début.
  2. Vérifiez que tout est aligné : un coup de caisse claire doit tomber au même endroit sur toutes les pistes de batterie.
  3. Pour des stems, faites le test de somme : tous les stems à zéro décibel, comparez au mix. Une technique consiste à inverser la phase du mix : si le résultat est quasi silencieux, les stems sont fidèles.
  4. Écoutez rapidement chaque fichier pour repérer un silence inattendu ou un clic.
Casque noir et rouge posé sur un écran d'ordinateur
Une vérification dans une session vierge prend quelques minutes et évite des allers-retours. Photo : Godfrey Nyangechi / Unsplash.

Étape 7 : documenter et livrer

Joignez un court document :

  • titre, artiste, version ;
  • tempo (et carte de tempo si variable), tonalité ;
  • fréquence d’échantillonnage, résolution ;
  • pistes avec ou sans effets, traitement du master inclus ou non ;
  • un mix de référence (le dernier mix approuvé ou la maquette) ;
  • remarques : sons à garder absolument, problèmes connus.

Compressez le dossier ou utilisez un service de transfert. Gardez une copie dans votre archive, selon notre méthode de sauvegarde.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Exporter chaque piste à partir de son premier son, au lieu du début de session.
  • Couper les queues de réverbération.
  • Exporter en MP3.
  • Normaliser chaque fichier.
  • Oublier une piste (souvent un instrument virtuel ou un effet de transition).
  • Ne pas fournir de mix de référence.

Questions fréquentes

Faut-il exporter avec ou sans effets ?

Pour un mixage, en général sans les traitements correctifs, avec les effets qui font partie de l’identité du son. En cas de doute, exportez les deux versions.

Faut-il fournir les fichiers MIDI ?

Oui, en complément, pour permettre de changer de son si nécessaire.

Le 32 bits flottant est-il préférable ?

Il évite les risques de saturation à l’export. Vérifiez simplement que le destinataire peut l’utiliser.

À retenir

Nettoyer, nommer, décider des effets, exporter depuis le même point jusqu’à la fin des queues, au format de la session, sans normalisation, vérifier dans une session vierge et documenter : une procédure simple qui fait gagner du temps, de l’argent et de la sérénité à toute la chaîne.

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