Dans un film, une série ou une publicité, la musique cohabite avec des dialogues, une voix off, des bruitages et un montage qui change jusqu’à la dernière minute. Le monteur et le mixeur de postproduction ont besoin de pouvoir couper, alléger, prolonger. Une musique livrée en un seul fichier stéréo, sans instrumentale ni stems, limite fortement ces possibilités, et donc ses chances d’être retenue.

Préparer ces éléments avant toute demande est l’un des avantages concrets qu’un label ou un artiste peut offrir. Cet article complète notre méthode pour préparer un catalogue pour la synchronisation.

L’essentiel en cinq points

  • L’instrumentale est l’élément le plus demandé après la version principale.
  • Les stems sont des groupes de pistes (batterie, basse, harmonies, voix) qui, additionnés, redonnent le mix.
  • Tous les fichiers doivent commencer au même point et avoir la même durée.
  • Un nommage clair et un format cohérent évitent les allers-retours.
  • Les éléments se préparent au moment du mixage, pas des mois plus tard.

Le kit de livraison type pour un titre

Du plus demandé au plus spécialisé.

Version principale
Le mix complet, masterisé.
Instrumentale
Sans voix lead, ni chœurs avec paroles.
Versions courtes
60, 30, 15 secondes, avec fin nette.
Stems
4 à 8 groupes de pistes alignés.
A cappella
Utile pour certains montages ou remixes.
Fiche technique
Tempo, tonalité, durée, crédits, droits.

Pourquoi l’instrumentale compte autant

Une voix chantée entre en concurrence avec les dialogues et la voix off. Dans une grande partie des usages (documentaire, reportage, publicité avec texte, habillage), la production retiendra l’instrumentale, ou passera de la version chantée à l’instrumentale au moment où un personnage parle. Sans instrumentale disponible, le titre est souvent écarté d’emblée.

Une instrumentale réussie n’est pas forcément le mix sans la voix : retirer la voix laisse parfois un vide. Il peut être utile de prévoir une version où un instrument reprend la mélodie, ou un léger ajustement du mix. Notre article sur les versions à livrer détaille les variantes possibles.

Les stems : définition et découpage

Les stems ne sont pas les pistes individuelles de la session (qui peuvent être des dizaines), mais des regroupements. Un découpage courant :

Stem Contenu Usage en postproduction
Batterie et percussions Kick, caisse claire, cymbales, percussions Garder l’énergie rythmique sous un dialogue
Basse Basse, sub, 808 Alléger le bas du spectre selon la diffusion
Harmonies Claviers, guitares, pads, cordes Créer une version d’ambiance
Mélodies et leads Instruments solistes, hooks instrumentaux Retirer ce qui entre en conflit avec la voix off
Voix lead Voix principale Couper ou réintroduire la voix au montage
Chœurs et backs Doublages, harmonies vocales Ajuster la densité vocale
Effets Risers, impacts, ambiances Caler les transitions sur l’image

La règle de contrôle est simple : tous les stems lus ensemble, à zéro décibel, doivent reproduire le mix.

Console de mixage noire et rouge en gros plan
Le meilleur moment pour exporter les stems, c’est à la validation du mix. Photo : Jacob Hodgson / Unsplash.

Les règles techniques à respecter

  • Même point de départ : tous les fichiers commencent au même instant, y compris s’ils débutent par du silence.
  • Même durée : les queues de réverbération et de delay sont incluses jusqu’à la fin.
  • Format : WAV, en général 48 kHz pour l’audiovisuel (24 bits), sauf demande contraire de la production.
  • Traitement du bus master : un compresseur ou un limiteur sur le master modifie le résultat de chaque stem. Indiquez si les stems sont exportés avec ou sans ce traitement, et vérifiez que leur somme reste cohérente.
  • Pas de normalisation individuelle des stems.
  • Tempo et tonalité indiqués, ainsi que la grille si le titre a des changements de tempo.

La procédure d’export détaillée est expliquée dans notre article exporter des pistes et des stems propres.

Le nommage et l’organisation

Un monteur reçoit des dizaines de fichiers. Une convention lisible fait gagner du temps à tout le monde :

ARTISTE_TITRE_STEM-BATTERIE_120BPM_48k24b.wav

Regroupez les fichiers d’un titre dans un dossier unique, avec un document récapitulatif (durée, tempo, tonalité, versions, crédits, contrôle des droits). Le lien de téléchargement doit rester actif pendant toute la durée de la production.

Console de mixage photographiée en noir et blanc
Une demande de stems arrive souvent en urgence : mieux vaut les avoir archivés dès la fin du mix. Photo : Filip Barna / Unsplash.

Les versions courtes et les fins

Une publicité dure souvent 15, 20 ou 30 secondes. Un montage peut nécessiter une fin franche plutôt qu’un fondu. Préparer des versions courtes qui conservent l’identité du titre, et une version avec une fin nette (un « button »), facilite l’intégration. Ces versions sont souvent montées à partir des stems, d’où l’intérêt de les avoir prêts.

Les questions de droits liées aux stems

Fournir des stems ne change pas la nature de la licence, mais clarifiez dans le contrat ce que la production peut en faire : réorganiser le morceau, couper des sections, retirer la voix, ajouter des éléments sonores. Certaines modifications peuvent toucher au droit moral des auteurs ; dans le doute, prévoyez l’accord des ayants droit. Les stems doivent être utilisés uniquement pour la production concernée.

Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Des stems qui ne commencent pas au même point.
  • Des queues de réverbération coupées.
  • Une instrumentale avec des chœurs à paroles qui gênent les dialogues.
  • Des fichiers nommés « Audio 1 », « Audio 2 ».
  • Retrouver la session des années plus tard, sur une version de logiciel ou de plug-ins qui n’existe plus.

Questions fréquentes

Faut-il fournir les stems systématiquement ?

Ils sont surtout demandés pour la publicité, la bande-annonce et certaines fictions. Les avoir prêts permet de les envoyer en quelques minutes.

Combien de stems prévoir ?

Quatre à huit suffisent généralement. Au-delà, le fichier devient difficile à exploiter pour un monteur.

48 kHz ou 44,1 kHz ?

L’audiovisuel travaille habituellement en 48 kHz. Si votre session est en 44,1 kHz, demandez à la production ce qu’elle préfère.

À retenir

Instrumentale, versions courtes et stems alignés font souvent la différence entre deux titres équivalents. Exportez-les au moment de la validation du mix, nommez-les clairement, documentez tempo et tonalité, et précisez dans la licence l’usage autorisé.

Pour aller plus loin