Le master est validé, la date de sortie est fixée : reste à envoyer les fichiers au distributeur. C’est une étape courte, mais une erreur à ce stade peut retarder la sortie de plusieurs jours, voire obliger à retirer un titre déjà en ligne. Voici ce que les distributeurs attendent et les contrôles à faire avant de cliquer sur « envoyer ».
Un distributeur numérique transmet votre musique aux plateformes de streaming et de téléchargement : Spotify, Apple Music, Deezer, YouTube Music, Amazon Music et bien d’autres. Chacune a ses propres règles techniques et éditoriales, que le distributeur traduit en consignes de livraison. Si un fichier ne respecte pas ces consignes, il est rejeté — dans le meilleur des cas avant la mise en ligne, dans le pire après.
Ce guide se concentre sur les fichiers eux-mêmes : l’audio et la pochette. Les métadonnées (titres, crédits, identifiants) font l’objet d’un article à part, tout comme la check-list globale d’une sortie.
L’essentiel en cinq points
- Livrez l’audio en WAV ou FLAC non compressé, jamais en MP3 ou en AAC.
- Conservez la meilleure résolution disponible issue du mastering : 16 bits / 44,1 kHz est le minimum courant, 24 bits est recommandé.
- Vérifiez les silences, les fondus et les coupures : un début tronqué ou une fin coupée sera diffusé tel quel.
- La pochette doit être carrée, en haute résolution (souvent 3000 × 3000 pixels) et respecter les règles éditoriales des plateformes.
- Écoutez le fichier exact que vous envoyez, du début à la fin, avant de le transmettre.
Le format audio : ce que demandent les distributeurs
La quasi-totalité des distributeurs acceptent le WAV, et beaucoup le FLAC. Ce sont des formats sans perte : ils conservent l’intégralité de l’information produite au mastering. Ce sont ensuite les plateformes qui encodent votre fichier dans leurs propres formats de diffusion (Ogg Vorbis, AAC, etc.), à différentes qualités selon l’abonnement de l’auditeur.
Envoyer un MP3 revient à faire encoder un fichier déjà compressé : la qualité se dégrade deux fois, et certains distributeurs le refusent purement et simplement.
| Paramètre | Minimum courant | Recommandé |
|---|---|---|
| Format | WAV ou FLAC | WAV ou FLAC |
| Résolution | 16 bits | 24 bits |
| Fréquence d’échantillonnage | 44,1 kHz | Celle du mastering (44,1, 48, 96 kHz…) |
| Canaux | Stéréo | Stéréo (formats immersifs en plus si prévus) |
Les consignes varient selon les distributeurs et évoluent : vérifiez toujours la page d’aide de votre distributeur avant la livraison. Si vous livrez en haute résolution (24 bits, 96 kHz par exemple), certaines plateformes pourront proposer votre titre en qualité « Hi-Res » à leurs abonnés concernés.
Faut-il livrer en 24 bits ?
Si votre mastering a été réalisé en 24 bits, oui : il n’y a aucune raison de réduire la résolution avant la livraison. Les plateformes s’occupent des conversions. Si vous devez fournir une version 16 bits (pour un CD par exemple), demandez-la à votre ingénieur de mastering : la conversion doit s’accompagner d’un traitement appelé dithering, qui se fait une seule fois, à la toute fin de la chaîne.
Et le Dolby Atmos ?
Certaines plateformes, dont Apple Music, mettent en avant les mixages immersifs en Dolby Atmos. Il s’agit d’un mixage spécifique, livré en plus de la version stéréo, et non d’une simple conversion. C’est un choix de production à part entière, à budgéter et à discuter avec votre distributeur, qui doit accepter ce type de livraison.

Contrôler l’audio avant l’envoi
Un fichier peut être techniquement conforme et pourtant poser problème. Les plateformes diffusent ce que vous livrez : si une erreur s’y trouve, elle sera entendue par tous vos auditeurs.
- Le début : le morceau commence-t-il au bon moment, sans silence excessif ni attaque coupée ?
- La fin : la queue de réverbération ou le fondu sont-ils complets ? Un fondu interrompu brutalement est un défaut fréquent.
- Les enchaînements : sur un album pensé sans pause entre les titres, les plateformes peuvent introduire un léger blanc selon les réglages de lecture. Signalez ces enchaînements à votre distributeur et à votre ingénieur de mastering.
- Les clics et saturations : écoutez au casque, à volume modéré, sur toute la durée.
- La bonne version : c’est l’erreur la plus fréquente. Un ancien master, une version non validée ou une version « clean » envoyée à la place de la version originale.
Le contrôle final en quatre écoutes
À faire sur le fichier exact qui part chez le distributeur.
1. Identité
Nom du fichier, durée, version (originale, clean, instrumentale).
2. Bords
Les 5 premières et 10 dernières secondes, au casque.
3. Intégralité
Une écoute complète sans interruption, à volume modéré.
4. Validation
Un « OK » écrit de l’artiste ou du label sur ce fichier précis.
Nommer et organiser les fichiers
Un nommage clair évite les confusions entre versions, surtout lorsque plusieurs personnes interviennent. Une convention simple suffit :
Artiste_Titre_Version_Master_24b48k_AAAAMMJJ.wav
Par exemple : Lune_Rouge_Nuit-blanche_Original_Master_24b48k_20260128.wav. Ajoutez la date de validation plutôt que des mentions comme « final » ou « v2 », qui perdent leur sens dès qu’une nouvelle version apparaît.
Rangez ensuite tous les éléments d’une sortie dans un dossier unique : masters, pochette, métadonnées, contrats ou autorisations, et une copie de ce qui a été effectivement envoyé. Ce dossier servira de référence en cas de correction, de réédition ou de demande de synchronisation.
La pochette : un fichier technique autant qu’artistique
La pochette est le premier visuel que les auditeurs associent à votre musique. Elle s’affiche aussi bien en grand sur un téléviseur qu’en vignette minuscule sur un téléphone. Les distributeurs imposent des exigences techniques et éditoriales.
Les exigences techniques courantes
- Format carré, souvent 3000 × 3000 pixels (certaines plateformes acceptent un minimum plus bas, mais 3000 est la référence la plus répandue).
- JPG ou PNG, en couleurs RVB (pas en CMJN, réservé à l’impression).
- Pas de flou, de pixellisation ou de bordures artificielles.
Les règles éditoriales à respecter
Les plateformes rejettent régulièrement des pochettes pour des raisons de contenu. Parmi les motifs fréquents :
- Des informations qui ne correspondent pas aux métadonnées (nom d’artiste ou titre différent de celui déclaré).
- Des mentions promotionnelles : prix, « nouveau », « disponible maintenant », adresses de sites ou de réseaux sociaux.
- Des logos de plateformes ou de marques sans autorisation.
- Des contenus choquants ou trompeurs selon les règles de la plateforme.
Assurez-vous également de disposer des droits sur tous les éléments visuels : photographie, illustration, typographie. Ce point sera développé dans notre article consacré aux droits sur les visuels d’un album.

Les versions et les mentions particulières
Chaque version d’un titre est un enregistrement distinct pour les plateformes, avec son propre fichier et son propre identifiant :
- Version explicite : si les paroles contiennent un langage explicite, signalez-le. Les plateformes affichent alors la mention correspondante et permettent le filtrage, par exemple dans le cadre du contrôle parental.
- Version clean : une version sans les passages explicites peut être livrée en plus, comme un enregistrement séparé.
- Versions alternatives : acoustique, remix, live, instrumentale. Indiquez clairement la nature de la version dans le titre selon les conventions du distributeur, par exemple « Titre (Version acoustique) ».
Une version mal identifiée peut être confondue avec l’originale, voire rejetée comme doublon. Préparez ces versions dès le mixage : c’est bien plus simple que de les reconstituer plusieurs mois plus tard.
Le calendrier de livraison
Livrer la veille de la sortie est risqué. Les distributeurs ont besoin de temps pour contrôler et transmettre les fichiers, et les plateformes pour les intégrer. Pour pouvoir proposer un titre aux équipes éditoriales des plateformes avant sa sortie, il faut également qu’il soit livré suffisamment tôt. Comptez au minimum deux à trois semaines, davantage si possible, et intégrez ce délai dans votre rétroplanning de sortie.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
- Envoyer un MP3 ou un fichier converti depuis un MP3.
- Livrer un mix au lieu du master, ou un master non validé.
- Inverser les fichiers de deux titres ou de deux versions.
- Une pochette avec une faute ou un nom d’artiste différent des métadonnées.
- Oublier la mention explicite, ce qui peut entraîner un retrait ou une correction ultérieure.
- Ne garder aucune trace de ce qui a été envoyé, ce qui complique toute correction.
Questions fréquentes
Peut-on remplacer un fichier audio après la sortie ?
Dans de nombreux cas, remplacer l’audio d’un titre déjà en ligne oblige à créer une nouvelle sortie, avec la perte possible des écoutes et des ajouts en playlist associés. D’où l’importance du contrôle avant envoi.
Faut-il intégrer les métadonnées dans le fichier WAV ?
Pour la distribution numérique, ce sont les métadonnées saisies chez le distributeur qui font foi. Les intégrer dans le fichier reste utile pour l’archivage et pour d’autres usages (envoi à des radios, synchronisation).
Mon ingénieur de mastering m’a envoyé plusieurs fichiers, lequel choisir ?
Demandez-lui explicitement le fichier destiné au streaming. Il peut avoir préparé des versions différentes pour le CD, le vinyle ou le streaming, avec des niveaux ou des résolutions différents.
À retenir
Pour la distribution numérique, livrez des fichiers sans perte, à la résolution du mastering, après une écoute intégrale du fichier exact envoyé. Préparez une pochette carrée en haute résolution, cohérente avec vos métadonnées et sans mentions promotionnelles. Nommez clairement chaque version, gardez une copie de tout ce qui part, et livrez plusieurs semaines avant la date de sortie.
Sources et pour aller plus loin
- Apple, « Apple Digital Masters », recommandations techniques pour la livraison de masters.
- Spotify for Artists, pages d’aide sur les exigences de pochette et la livraison via les distributeurs.
- Pages d’aide des principaux distributeurs numériques sur les formats audio acceptés.
- Mixage et mastering : quelle différence, et comment bien préparer chaque étape ?
- Label, producteur, distributeur, éditeur : qui fait quoi ?
