Fabriquer un CD paraît simple : un master, une pochette, une commande. En pratique, le projet se joue sur une série de décisions qui s’enchaînent dans un ordre précis : choisir entre pressage et duplication, livrer un master conforme, préparer les codes, concevoir un emballage qui respecte les mentions obligatoires et obtenir l’autorisation de la SDRM avant que la première galette ne sorte de la machine.

Le CD n’a pas disparu : selon le bilan 2025 du SNEP relayé par Billboard France, près de 8 millions de CD ont été vendus en France en 2025, pour 89 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ce guide s’adresse aux artistes autoproduits, aux petits labels et aux équipes de production qui ont déjà décidé de sortir un CD (si vous hésitez encore entre les supports, commencez par notre comparatif vinyle, CD, cassette ou numérique). Il détaille la fabrication elle-même, du fichier à livrer jusqu’au contrôle des cartons.

L’essentiel en cinq points

  • Le pressage (glass master) est rentable sur des séries moyennes et grandes ; la duplication de CD-R convient aux petites séries et aux urgences.
  • L’usine attend un master au format CD, idéalement une image DDP avec somme de contrôle, codes ISRC et CD-Text intégrés.
  • Un code EAN par produit est nécessaire dès que le disque passe par un magasin ou un distributeur.
  • L’autorisation de la SDRM se demande avant la fabrication : sans elle, les fabricants ne lancent pas la production.
  • Le bon à tirer (BAT) graphique et l’écoute du master sont les deux derniers verrous avant une erreur reproduite à des centaines d’exemplaires.

Du master au carton de CD

Les étapes d’une fabrication, dans l’ordre où elles se valident.

Master CD
DDP, ISRC, CD-Text, ordre et pauses validés.
Autorisation SDRM
Demande en ligne, devis, paiement, bon pour autorisation.
Emballage
Gabarit du fabricant, mentions, EAN, BAT signé.
Fabrication
Pressage ou duplication, impression, assemblage.
Réception
Comptage, écoute d’échantillons, dépôt légal.

Pressage ou duplication : deux procédés, deux logiques

Le pressage, que les fabricants appellent aussi réplication, part d’un disque maître en verre (le glass master). On en tire une matrice métallique qui sert à mouler les disques dans du polycarbonate : chaque exemplaire est une copie physique du maître, exactement comme un CD du commerce. La duplication, elle, consiste à graver au laser des CD-R vierges à partir du master, avec des tours de gravure.

Les deux procédés donnent un disque lisible et un emballage qui peut être identique. Ce qui change, c’est la structure du coût : le pressage supporte des frais fixes (création du glass master et de la matrice) qui ne s’amortissent qu’avec la quantité, alors que la duplication n’a quasiment pas de frais de départ mais un coût unitaire qui baisse peu.

Critère Pressage (glass master) Duplication (CD-R)
Principe Moulage à partir d’une matrice issue du maître en verre Gravure laser de disques vierges
Frais de départ Glass master et matrice à amortir Très faibles
Coût unitaire Baisse nettement avec la quantité Baisse peu avec la quantité
Délai de fabrication Plus long (étapes de mastering verre et de moulage) Très court, idéal en cas d’urgence
Durabilité, compatibilité Référence du marché Bonne, mais les CD-R vieillissent moins bien et quelques anciens lecteurs les lisent mal
Usage typique Album distribué en magasin, tirages à partir de quelques centaines Petites séries, prévente test, disques promotionnels

Les seuils de quantité

Il n’existe pas de seuil légal : chaque fabricant fixe le sien. Chez Disc Makers, par exemple, toute commande de moins de 300 disques est automatiquement réalisée en duplication, et le pressage est recommandé au-delà de 1 000 exemplaires ; entre les deux, le choix dépend du devis. Retenez la logique plutôt qu’un chiffre : demandez un devis dans les deux procédés pour la quantité visée et comparez le coût total.

Les délais

Les délais annoncés par les fabricants ne concernent que la fabrication. Les grands duplicateurs livrent souvent en un à trois jours, et un presseur sérieux peut produire en une semaine environ, selon Disc Makers. À cela s’ajoutent le traitement de l’autorisation SDRM, les allers-retours sur le BAT, l’impression des emballages spéciaux et le transport. Un emballage sur mesure (digipack à volets, livret épais, finitions) allonge davantage la production que le disque lui-même. Construisez votre rétroplanning à partir de la date à laquelle les cartons doivent être chez vous, avec une marge pour un BAT à corriger.

Combien d’exemplaires commander ?

Le prix unitaire attire vers les grosses quantités, mais un CD invendu coûte plus cher qu’un CD retiré. Partez de vos canaux réels : concerts prévus et ventes moyennes par date, précommandes, commandes fermes d’un distributeur, exemplaires de promotion. Ajoutez une petite réserve, puis comparez avec le palier de prix suivant. Si le surplus nécessaire pour atteindre ce palier dépasse ce que vous vendrez en un an, restez sur la quantité basse : un retirage est rapide en CD.

Notez aussi que la quantité déclarée à la SDRM correspond à la quantité fabriquée. Un retirage ultérieur fera l’objet d’une nouvelle déclaration.

Le master pour CD : ce que l’usine attend

Le CD audio obéit à une norme ancienne, le « Red Book » : un son stéréo en 16 bits et 44,1 kHz, au maximum 99 pistes, une durée totale qui ne doit pas dépasser environ 79 minutes (Disc Makers conseille de rester sous 78 minutes). Le master que vous livrez doit donc déjà respecter ces contraintes, ce qui suppose une conversion soignée depuis vos fichiers haute résolution, idéalement réalisée par l’ingénieur de mastering.

Le DDP, format de référence

Le DDP (Disc Description Protocol) est une image exacte du disque, livrée sous forme de dossier de fichiers. Il contient l’audio, mais aussi tout ce qui fait le disque : les points de départ des pistes, les pauses entre les titres, les codes ISRC et le CD-Text. Il est accompagné d’une somme de contrôle (checksum) qui permet à l’usine de vérifier qu’aucun fichier n’a été corrompu pendant le transfert. C’est le format standard demandé par les presseurs.

Avant l’envoi, écoutez le DDP dans un lecteur dédié (il en existe de gratuits) plutôt que les WAV d’origine : c’est la seule façon de vérifier l’ordre, les enchaînements et les blancs tels qu’ils seront gravés.

Les codes ISRC

Chaque enregistrement possède son code ISRC, et c’est le même que celui utilisé pour la sortie numérique : le CD ne crée pas un nouvel enregistrement. Intégrez-les dans le DDP piste par piste et vérifiez la correspondance avec votre fiche catalogue. Si le sujet vous est peu familier, notre guide sur l’ISRC explique comment les attribuer sans erreur.

Le CD-Text

Le CD-Text inscrit sur le disque le nom de l’artiste, le titre de l’album et les titres des pistes, que certains lecteurs et autoradios affichent. Il n’est pas obligatoire, mais relisez-le comme un texte imprimé : accents, majuscules et orthographe doivent correspondre à vos métadonnées.

Le code EAN

Le code-barres EAN-13 identifie le produit dans les magasins et chez les distributeurs. Il s’obtient auprès de GS1, l’organisme qui gère ces codes, auprès d’un revendeur, ou auprès de votre distributeur, qui en fournit souvent un pour chaque référence. Règle importante : chaque produit a son propre code ; le CD et le vinyle d’un même album ont donc deux EAN différents. Le numéro peut également être inscrit dans le disque lui-même lors du mastering.

Concevoir l’emballage

Le choix de l’emballage pèse sur le coût, le délai et la perception de l’objet. Les principales options :

  • Boîtier cristal (jewel case) : le boîtier plastique classique, avec livret et jaquette arrière. Économique, robuste, mais moins valorisant et plus fragile à l’expédition (charnières, fêlures).
  • Digipack : étui cartonné avec plateau plastique, à deux, trois volets ou plus, avec ou sans livret. Rendu plus soigné, très apprécié pour la vente en concert.
  • Pochette carton (cardboard sleeve) : simple étui en carton, léger et peu coûteux, idéal pour un EP ou un disque promotionnel.
  • Options : livret de 4 à plusieurs dizaines de pages, fourreau, découpe, vernis sélectif, papier spécial. Chacune ajoute un coût et parfois des jours de production.

Travaillez toujours à partir du gabarit fourni par le fabricant : dimensions, fonds perdus, zones de pliage, marges de sécurité et mode colorimétrique y sont précisés. Un fichier préparé sur un gabarit générique trouvé en ligne expose à un BAT refusé. Vérifiez aussi que vous détenez les droits sur chaque élément visuel (photos, illustrations, polices) : notre article sur les droits des visuels d’album détaille les points à sécuriser.

Boîtier de CD noir avec une découpe laissant apparaître une illustration abstraite colorée
Découpe, vernis, papier : chaque finition se décide avant le BAT, en connaissant son coût et son délai. Photo : Niko Caelis / Unsplash.

Les mentions à faire figurer sur le disque et la pochette

Une pochette n’est pas seulement un visuel : elle porte des informations juridiques et commerciales. Voici celles à prévoir, à adapter avec votre fabricant et vos partenaires.

Mention Ce qu’elle indique
℗ + année + nom Le producteur de l’enregistrement et l’année de première publication du phonogramme
© + année + nom Le titulaire des droits sur l’emballage, les visuels et les textes imprimés
Titres et ayants droit Titre complet de chaque œuvre, auteurs, compositeurs, arrangeurs, adaptateurs et éditeurs
Logo SDRM Que la reproduction mécanique des œuvres a été autorisée
Mention de réserve des droits Que la copie, la location et la diffusion publique sont interdites sans autorisation
Label, référence catalogue, EAN L’identification commerciale du produit (la référence doit être identique à celle de la demande SDRM)
Crédits Interprètes, musiciens, réalisation, enregistrement, mixage, mastering, graphisme, photos
« Interdit à la vente » À ajouter sur les exemplaires distribués gratuitement

Le symbole ℗ vient de la Convention de Rome de 1961, qui en fait la marque des droits sur le phonogramme, accompagnée de l’année de première publication. Il ne se confond pas avec le ©, qui renvoie au droit d’auteur sur les éléments graphiques et textuels. Les dispositions générales de la SDRM listent, pour leur part, les mentions liées aux œuvres : logo de la société, titres complets, noms des auteurs, compositeurs, arrangeurs et éditeurs, et une mention de réserve qui commence par « Tous droits du producteur phonographique et du propriétaire de l’œuvre enregistrée réservés ». Reprenez le texte exact fourni avec votre autorisation.

L’autorisation de la SDRM, avant toute fabrication

Reproduire des œuvres musicales sur un support physique suppose l’autorisation de leurs auteurs, compositeurs et éditeurs. En France, ce droit de reproduction mécanique est géré par la SDRM, qui administre notamment le répertoire de la Sacem. La demande se fait en ligne, sur l’espace dédié de la Sacem, avant la fabrication : les fabricants exigent l’autorisation pour lancer la production, et certains accompagnent leurs clients dans la démarche.

Ce que demande le formulaire

Préparez à l’avance :

  • les coordonnées du producteur, du fabricant et, le cas échéant, du distributeur ;
  • le nombre d’exemplaires, en distinguant ceux destinés à la vente et ceux distribués gratuitement ;
  • le prix (de détail ou de gros selon votre situation) et le type de support ;
  • l’origine de l’enregistrement (original ou reprise de phonogrammes existants) ;
  • la liste des œuvres avec leur durée exacte, leurs auteurs, compositeurs, arrangeurs et éditeurs ;
  • la référence catalogue, qui devra figurer à l’identique sur le produit.

La SDRM vérifie le répertoire, établit le montant, puis délivre après paiement un « bon pour autorisation » qui ouvre le droit d’imprimer son logo. Une demande incomplète n’est pas traitée : c’est un retard évitable.

Comment le montant est calculé

Le montant dépend du prix du disque, du nombre d’exemplaires, du nombre de titres et de leur durée, de la part d’œuvres protégées et du nombre d’exemplaires promotionnels. Pour les producteurs liés par le contrat type négocié entre le BIEM (qui fédère les sociétés de droits mécaniques) et l’IFPI (qui représente les producteurs), le taux de référence est de 11 % du prix de gros publié (PPD), ramené à un taux effectif de 8,712 % après les abattements prévus pour remises et emballage. Un producteur occasionnel reçoit, lui, un devis. Dans tous les cas, demandez le montant avant de fixer votre prix de vente : il fait partie du coût de revient.

Si aucune œuvre n’est protégée, par exemple parce que les auteurs ne sont membres d’aucune société de gestion, l’autorisation reste à demander mais elle est gratuite ; les œuvres non identifiées sont alors traitées comme appartenant à un « propriétaire actuellement inconnu ». Et lorsque vous êtes vous-même auteur sociétaire, les droits payés reviennent en partie aux ayants droit des œuvres, donc à vous, par la répartition de la Sacem.

Attention à ce que cette autorisation ne couvre pas : elle porte uniquement sur les œuvres. Les droits sur l’enregistrement lui-même et l’accord des artistes interprètes relèvent du producteur, comme nous l’expliquons dans notre article sur la propriété du master.

Contrôler les épreuves avant de lancer la série

Une fois le BAT signé, l’erreur est la vôtre, multipliée par le tirage. Relisez méthodiquement.

  • Audio : écoute intégrale du DDP, vérification de la somme de contrôle, ordre des titres, pauses, fondus, absence de clic en début et fin de piste.
  • Codes : ISRC piste par piste, CD-Text, EAN lisible et correspondant à la bonne référence.
  • Textes : orthographe des noms, des titres et des crédits, année du ℗ et du ©, référence catalogue identique à la demande SDRM, logo SDRM présent.
  • Graphisme : respect du gabarit, éléments importants hors des zones de coupe, lisibilité des petits textes, rendu des couleurs. Pour un projet exigeant, demandez une épreuve couleur physique.
  • Disque : face imprimée (sérigraphie ou offset), trou central et zone non imprimable respectés.

À la livraison, comptez les cartons, ouvrez-en plusieurs au hasard, écoutez quelques disques et signalez tout défaut immédiatement, photos à l’appui.

Pile de boîtiers de disques compacts posée sur une étagère en bois
À réception, ouvrez plusieurs cartons au hasard et écoutez quelques disques avant de lancer la vente. Photo : Marija Zaric / Unsplash.

Le budget poste par poste

Les tarifs varient fortement selon les fabricants, les quantités et les options ; aucun chiffre générique ne remplace un devis. En revanche, la liste des postes est toujours la même, et c’est elle qu’il faut chiffrer avant de commander. Notre article sur le budget de production musicale permet de la replacer dans l’ensemble du projet.

Poste Ce qui fait varier le coût
Mastering et DDP Nombre de titres, version CD dédiée ou non, corrections après écoute
Glass master et matrice Frais fixes du pressage, absents en duplication
Disques Procédé, quantité, impression de la face (nombre de couleurs, offset ou sérigraphie)
Emballage Type (boîtier, digipack, pochette), nombre de volets et de pages, papier, finitions
Création graphique Adaptation de la pochette au format, livret, nombre d’allers-retours
Droits SDRM Prix, quantité, nombre et durée des œuvres protégées, exemplaires promotionnels
Codes EAN Achat auprès de GS1, d’un revendeur ou fourniture par le distributeur
Transport et stockage Poids, distance, livraison en un ou plusieurs points, durée de stockage

N’oubliez pas les exemplaires sortis du circuit de vente : promotion, équipe, partenaires, et dépôt légal. La BnF rappelle que les phonogrammes mis à disposition du public, même gratuitement, relèvent du dépôt légal, en deux exemplaires accompagnés d’une déclaration en ligne.

Questions fréquentes

Un CD dupliqué est-il un « vrai » CD ?

Il se lit dans la grande majorité des lecteurs et peut recevoir le même emballage qu’un CD pressé, mais il vieillit moins bien. Pour un album destiné aux magasins, le pressage reste la référence ; pour une petite série ou une urgence, la duplication est un choix raisonnable.

Faut-il un code EAN si je vends uniquement en concert ?

Ce n’est pas indispensable pour vendre sur un stand, mais c’est vivement conseillé : sans EAN, le disque ne pourra pas entrer plus tard chez un disquaire ou un distributeur sans réimpression.

Puis-je fabriquer un CD sans être inscrit à la Sacem ?

Oui. L’autorisation de la SDRM reste à demander, mais si aucune œuvre n’est protégée, elle est gratuite. Si vous comptez adhérer à la Sacem, faites-le idéalement avant la sortie pour que vos œuvres soient identifiées.

Combien de temps prévoir entre le master et les cartons ?

La fabrication seule peut être très rapide, surtout en duplication. Le délai réel dépend surtout de la préparation : master validé, autorisation SDRM, BAT et emballage. Prévoyez une marge confortable avant la date de sortie ou le premier concert.

À retenir

Fabriquer un CD, c’est enchaîner des validations : choisir le procédé selon la quantité et le délai, livrer un DDP vérifié avec ses ISRC et son CD-Text, attribuer un EAN propre au produit, concevoir l’emballage sur le gabarit du fabricant avec toutes les mentions, obtenir l’autorisation de la SDRM avant la production, puis relire le BAT et contrôler la livraison. Chaque étape bien tenue évite une erreur multipliée par le tirage.

Pour aller plus loin