Reprendre une chanson est un geste aussi ancien que la musique populaire. Une reprise peut faire découvrir un artiste, rendre hommage à une influence ou révéler un morceau sous un jour nouveau. Mais selon que l’on reprend fidèlement l’œuvre, qu’on la transforme ou qu’on en utilise l’enregistrement, les règles changent. Voici comment distinguer reprise, adaptation et sample, et ce que chacun implique.

Les trois notions sont souvent confondues dans le langage courant. Elles renvoient pourtant à des situations juridiques différentes : la reprise réutilise l’œuvre telle qu’elle a été écrite, l’adaptation la modifie, et le sample réutilise un enregistrement existant. Chacune mobilise des autorisations distinctes.

Cet article complète celui consacré aux vérifications à faire avant de conserver un sample. Il se concentre sur le cas, très fréquent, d’un artiste qui souhaite enregistrer et publier sa propre version d’une chanson existante.

L’essentiel en cinq points

  • Une reprise fidèle réenregistre l’œuvre sans en modifier les paroles ni la mélodie ; elle passe en général par les mécanismes de gestion collective du droit de reproduction.
  • Une adaptation (traduction, nouvelles paroles, transformation de la mélodie) nécessite l’accord préalable des auteurs ou de leurs éditeurs.
  • Un sample réutilise un enregistrement et nécessite l’accord du titulaire du master en plus de celui des ayants droit de l’œuvre.
  • Un nouvel arrangement d’une œuvre protégée suppose en principe l’autorisation des ayants droit (auteurs ou éditeur), et sa déclaration à la Sacem nécessite l’accord de l’éditeur ; une interprétation personnelle doit, elle, au minimum respecter l’œuvre.
  • Dans tous les cas, les auteurs d’origine doivent être correctement crédités et déclarés.

Trois situations, trois logiques

Reprise, adaptation, sample

Ce qui est réutilisé et qui doit donner son accord

Reprise

On réenregistre l’œuvre telle quelle. Autorisation de reproduction de l’œuvre, généralement via la gestion collective.

Adaptation

On transforme l’œuvre. Accord préalable et individuel des auteurs ou éditeurs.

Sample

On réutilise l’enregistrement. Accord du titulaire du master et des ayants droit de l’œuvre.

La reprise fidèle

De quoi parle-t-on ?

Une reprise fidèle consiste à enregistrer sa propre interprétation d’une chanson existante, en conservant ses paroles et sa mélodie. L’interprétation, l’arrangement, le tempo ou l’instrumentation peuvent être différents : c’est précisément l’intérêt d’une reprise. Mais l’œuvre elle-même, telle qu’écrite par ses auteurs, n’est pas modifiée.

Quelle autorisation ?

Enregistrer une œuvre et la mettre à disposition du public relève des droits de reproduction et de représentation des auteurs. En France, lorsque l’œuvre est inscrite au répertoire d’une société de gestion collective, la reproduction sur un enregistrement passe généralement par une autorisation délivrée par cette société, moyennant le paiement des droits correspondants. Pour l’exploitation en ligne, les plateformes et les distributeurs ont souvent des accords qui couvrent une partie de ces droits, mais les modalités varient selon les territoires et les services : il faut vérifier auprès de son distributeur ce qu’il prend en charge.

Pour les supports physiques (CD, vinyle), une autorisation de reproduction mécanique est nécessaire avant le pressage, et les droits sont calculés en fonction du nombre d’exemplaires fabriqués.

Les limites de la liberté d’interprétation

La liberté d’interprétation (tempo, instrumentation, style) a ses limites. Un véritable arrangement de l’œuvre suppose en principe l’autorisation des ayants droit, et le déclarer comme arrangement à la Sacem nécessite l’accord de l’éditeur. Dans tous les cas, l’interprétation doit respecter le droit moral des auteurs, et notamment le droit au respect de l’œuvre. Une interprétation qui dénature profondément la chanson, en changeant son sens ou en l’associant à un contexte que les auteurs pourraient juger contraire à leur œuvre, peut poser problème. En cas de doute, une demande auprès de l’éditeur permet de lever l’incertitude.

Musicien en pull gris jouant d’une guitare acoustique
Une reprise peut changer l’instrumentation et l’interprétation tout en respectant l’œuvre telle qu’elle a été écrite. Photo : Luke Thornton / Unsplash.

L’adaptation

De quoi parle-t-on ?

Il y a adaptation dès que l’œuvre est modifiée dans ses éléments protégés :

  • traduction des paroles dans une autre langue ;
  • nouvelles paroles sur la mélodie d’origine, même partiellement ;
  • modification de la mélodie ou de la structure (ajout d’un couplet, suppression d’un refrain, nouvelle partie) ;
  • mélange de plusieurs œuvres dans un medley ou un mashup ;
  • parodie à vocation commerciale qui dépasse le cadre de l’exception légale.

Quelle autorisation ?

Une adaptation nécessite l’accord préalable et individuel des auteurs, généralement exprimé par leurs éditeurs. La gestion collective ne suffit pas : il faut contacter directement l’éditeur, présenter le projet, et souvent soumettre le nouveau texte ou la nouvelle version.

L’accord précise en général :

  • l’approbation du texte ou de la version adaptée ;
  • le statut de l’adaptateur (par exemple le traducteur) et son éventuelle part de droits ;
  • les exploitations autorisées ;
  • les crédits à faire figurer.

L’éditeur peut refuser, notamment si l’adaptation lui paraît porter atteinte à l’œuvre ou à l’image de ses auteurs. Il faut donc attendre l’accord écrit avant d’enregistrer définitivement et, a fortiori, avant d’annoncer la sortie.

Projet Qualification probable Démarche
Version acoustique d’un tube, paroles et mélodie inchangées Reprise Autorisation de reproduction via la gestion collective et vérification avec le distributeur
Version en tempo lent avec nouvel arrangement Reprise Idem, en veillant au respect de l’œuvre ; accord de l’éditeur si l’arrangement modifie l’œuvre ou doit être déclaré comme tel
Traduction française d’une chanson anglaise Adaptation Accord préalable de l’éditeur, statut du traducteur
Nouveau couplet écrit par l’artiste Adaptation Accord préalable de l’éditeur
Medley de trois chansons Adaptation Accord de chaque éditeur concerné
Intégration d’un extrait de l’enregistrement original Sample Accord du titulaire du master et de l’éditeur

Le sample

Lorsque l’on intègre un extrait de l’enregistrement original dans sa version, on n’est plus seulement dans la reprise de l’œuvre : on utilise aussi un enregistrement protégé par les droits du producteur et des artistes-interprètes. L’accord du titulaire du master devient nécessaire, en plus de celui des ayants droit de l’œuvre. Nous avons détaillé cette démarche dans l’article consacré au sampling.

La frontière entre reprise et sample peut être subtile : rejouer à l’identique un riff célèbre relève de la reprise de l’œuvre, mais en intégrer l’enregistrement d’origine relève du sample. Le choix entre les deux a des conséquences importantes sur les autorisations à obtenir et sur le calendrier.

Trois questions pour qualifier son projet

À se poser dans l’ordre

1. Utilisez-vous l’enregistrement original ? Si oui, il s’agit d’un sample : accord du master et de l’éditeur.
2. Modifiez-vous les paroles, la mélodie ou la structure ? Si oui, il s’agit d’une adaptation : accord préalable de l’éditeur.
3. Sinon, il s’agit d’une reprise : autorisation de reproduction et respect du droit moral.

Créditer et déclarer correctement

Quelle que soit la situation, les auteurs et compositeurs de l’œuvre d’origine doivent figurer dans les crédits et les métadonnées de votre version. Une reprise ne fait pas de l’artiste interprète un auteur de la chanson : il est interprète et, s’il a produit l’enregistrement, producteur de sa version.

Concrètement :

  • renseignez les auteurs-compositeurs d’origine dans les métadonnées de distribution ;
  • indiquez le titre original et, le cas échéant, le titre de l’adaptation ;
  • mentionnez l’adaptateur ou le traducteur s’il a été reconnu comme tel ;
  • conservez le code ISWC de l’œuvre d’origine, qui l’identifie, et attribuez un nouvel ISRC à votre enregistrement.

Notre article sur la différence entre ISWC et ISRC détaille ce point, essentiel pour que les droits soient correctement répartis.

Personne jouant de la guitare dans une pièce faiblement éclairée
Avant d’enregistrer une version définitive, il est utile de qualifier le projet : reprise, adaptation ou sample. Photo : Rikokill / Unsplash.

Les cas particuliers

Les œuvres du domaine public

Une œuvre tombée dans le domaine public peut être reprise et adaptée librement, sous réserve du respect du droit moral, qui est perpétuel en France. Attention toutefois : un arrangement ou une traduction récents d’une œuvre ancienne peuvent eux-mêmes être protégés, de même que les enregistrements existants.

Les reprises en concert

Interpréter une reprise sur scène relève du droit de représentation, généralement géré par l’organisateur du concert via la gestion collective. Cela ne couvre pas l’enregistrement et la diffusion de cette reprise.

Les vidéos de reprises en ligne

Les plateformes vidéo ont souvent des accords avec les sociétés de gestion collective et les éditeurs, ce qui permet la mise en ligne de nombreuses reprises. Mais ces accords ne couvrent pas forcément toutes les utilisations, ni la synchronisation dans une vidéo commerciale.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Considérer une traduction comme une simple reprise.
  • Modifier un couplet sans demander l’accord de l’éditeur.
  • Publier une reprise sans vérifier ce que couvre le distributeur.
  • Intégrer un extrait de l’original en pensant faire une reprise.
  • Se déclarer auteur d’une chanson que l’on a seulement reprise.
  • Presser des disques sans autorisation de reproduction mécanique.
  • Oublier les crédits des auteurs d’origine dans les métadonnées.

Questions fréquentes

Faut-il demander la permission à l’artiste original pour faire une reprise ?

Pour une reprise fidèle, l’autorisation porte sur l’œuvre, pas sur l’artiste qui l’a popularisée. C’est l’auteur, via son éditeur ou la gestion collective, qui est concerné. L’interprète d’origine n’a pas à donner son accord, sauf si son enregistrement est utilisé.

Une reprise génère-t-elle des revenus pour l’artiste qui la publie ?

Oui, au titre de ses droits d’interprète et, s’il a produit l’enregistrement, au titre des droits du producteur. Les droits d’auteur, eux, reviennent aux auteurs de l’œuvre d’origine.

Peut-on modifier le titre d’une reprise ?

Changer le titre d’une œuvre relève en principe de l’adaptation et du droit moral. Mieux vaut conserver le titre original ou obtenir l’accord de l’éditeur.

Une parodie est-elle libre ?

Le droit français prévoit une exception de parodie, mais elle est strictement encadrée et suppose notamment un but humoristique et l’absence de confusion avec l’œuvre originale. Pour un projet commercial, mieux vaut demander un avis juridique.

Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique.

À retenir

Pour reprendre une chanson, commencez par qualifier votre projet. Une reprise fidèle réenregistre l’œuvre telle quelle et passe généralement par la gestion collective. Une adaptation modifie l’œuvre et suppose l’accord préalable des auteurs ou éditeurs. Un sample utilise l’enregistrement d’origine et ajoute l’accord du titulaire du master. Dans tous les cas, les auteurs d’origine doivent être crédités et déclarés, et votre enregistrement doit recevoir son propre identifiant.

Sources et pour aller plus loin